S'identifier - Contact
 

Docs en stock


 Pour Noël Mamère "les Français commencent à prendre les écologistes au sérieux"

Dans Le Monde du 0811.09

  • verdur
  • Mardi 10/11/2009
  • 14:19
  • Version imprimable
 



Les Verts et Europe Ecologie ont décidé de présenter des listes autonomes dans toutes les régions en mars2010. Forts de leurs scores aux élections
européennes et de premiers sondages prometteurs, ils entendent apparaître comme une alternative au Parti socialiste. Les alliances du second tour
seront discutées à l'aune des résultats. Jusqu'au MoDem comme le suggère Daniel CohnBendit ? Le débat les divise encore.

Noël Mamère ne cache pas que, pour lui, il faut cesser de faire les yeux doux à François Bayrou. Le député Vert de Gironde, qui n'est pas candidat,
exhorte ses amis à penser à l'avenir de la gauche. Tout en disputant au PS son hégémonie.


Quel regard portez-vous sur la majorité et les tensions qui la traversent ?

Le bilan des deux ans et demi de présidence de Sarkozy est en fait celui d'une imposture politique, d'une régression sociale et d'un recul de nos libertés. Plus
que les tensions de la majorité, c'est la construction d'une dynamique à gauche qui m'intéresse.


Que pensez-vous de sa proposition d'un débat sur l'identité nationale ?

La séquence politique à laquelle on assiste depuis quelques semaines – du renvoi forcé des Afghans en passant par la castration chimique, la nouvelle loi
sur la récidive, la terre comme référence de notre identité et, aujourd'hui, la question de l'identité accolée à l'immigration – pourrait s'intituler La Nuit du
chasseur. C'est une opération démagogique pour reconquérir l'électorat du Front national. Cela ne m'inspire que du dégoût.


Les écologistes ont applaudi au Grenelle de l'environnement. M.Sarkozy serait-il devenu écologiste ?

Ce que la gauche n'a pas osé faire, Sarkozy l'a mis en place avec le Grenelle de l'environnement. Mais il en a fait un coup médiatique de plus, en suscitant
beaucoup d'espoirs auprès de ceux qui étaient autour de la table de négociations. Et au vu de ce qu'il en reste – une loi dite Grenelle 1 qui ne prend aucun
engagement chiffré et une loi Grenelle 2 toujours en attente –, la déception est sévère. Pendant ce temps, le plan de relance tourne le dos à tous les
engagements pris.
Je n'en prendrai que trois exemples: la relance de la construction des autoroutes et la dérégulation de l'urbanisme, la taxe carbone contraire à la logique de
la contribution énergie climat ou la poursuite du programme nucléaire alors que la sécurité vient d'être remise en question par les autorités de sûreté.
L'EPR, c'est 4milliards d'euros qui auraient pu être investis dans un grand programme national de recherche de l'efficacité énergétique dans l'habitat. Dans
tous les cas, il faut arrêter la construction de l'EPR de Flamanville.


Les écologistes ont le vent en poupe. Pour vous, cette embellie est-elle durable ?

L'écologie politique vient de loin: nous ne disons rien de plus aujourd'hui que ce que disait René Dumont en 1974, ou ce qu'ont écrit les pères de l'écologie
André Gorz, Ivan Illich, Jacques Ellul ou Bernard Charbonneau. Ils avaient déjà démontré ce que nos partenaires de gauche ne comprennent toujours pas,
que l'écologie politique n'est pas une variante environnementale de la socialdémocratie, mais un vrai projet de société qui concerne en premier lieu nos
libertés. Aujourd'hui, le temps politique et le temps de la société sont en train de se rejoindre.

Les Français, qui nous considéraient comme des gens sympas mais un peu rêveurs, commencent à nous prendre au sérieux. Ils se disent : "Pourquoi pas
eux ? Essayons!" Ils ont pris conscience que, dans le champ politique, les réponses apportées par les partis de droite comme de gauche ont toujours comme
référentiel les "trente glorieuses" et une vision ancienne et quantitative de la croissance. Les écologistes ont été les premiers à poser des questions qui
sortaient du champ de la social démocratie ou de la gauche de la gauche pour avancer des réponses de transformation écologique de la société. Cela
commence à payer.


L'alternative, c'est désormais les écologistes seuls ?

Doucement ! Il ne faut pas se chauffer le carafon. Oui, nous avons un temps d'avance par rapport aux autres formations politiques sur l'analyse de la crise
et les éléments de réponse qu'on peut y apporter. Mais nous penser comme les seuls au monde serait irresponsable.


Pourtant, les écologistes semblent avoir largué les amarres avec le PS. Cette stratégie d'autonomie est durable ?

La politique est un rapport de forces, et nous avons un problème culturel avec nos partenaires de la gauche qui nous considèrent encore comme des sous-traitants
spécialisés dans l'environnement. Les élections régionales vont en quelque sorte servir de primaires à gauche. Nous y défendrons notre projet et il
faut que nous arrivions à démontrer qu'il est agréé par les Français et plus seulement minoritaire. Que nous n'avons plus la vocation de témoins, mais
d'acteurs du changement et de transformation de la gauche.
Il est temps que le PS fasse preuve d'humilité et que, de notre côté, nous ne nous laissions pas griser par l'ivresse des cimes. L'aggiornamento politique dont
a besoin la gauche ne se décrétera pas. Cette révolution culturelle prendra peut-être un peu plus de temps qu'on ne le pense. Mais je ne suis pas de ceux qui
se réjouissent de la faiblesse du PS et du Parti communiste. A moins de souhaiter que la droite reste au pouvoir pendant longtemps. Ce qui n'est pas mon cas.


A entendre certains dirigeants Verts ou d'Europe Ecologie, on a l'impression que la page de l'union de la gauche est tournée ?

C'est vrai que nous sommes à un tournant : la gauche plurielle, c'est terminé. Le PS n'est plus au centre de la gauche, celui qui décide de notre destin
collectif. Il y a de fortes chances pour que, au soir du premier tour, nous nous retrouvions avec des résultats inédits. Ils devraient nous permettre de
discuter d'égal à égal avec les barons socialistes qui avaient tendance à choisir leurs écolos en fonction de leur petite cuisine locale
Si le PS veut montrer qu'il s'inscrit dans un projet de redynamisation de la gauche, il faudra une réunion au plan national pour discuter des nouveaux
équilibres issus des urnes. Les écolos, qui font si peur au PS, seront sans doute ceux qui permettront à la gauche de garder des régions que l'on croyait
perdues, parce que la dynamique, c'est nous qui allons l'instiller. Je n'imagine pas qu'à l'issue de cette séquence électorale il n'y ait pas de présidence verte
de région.


Pourtant, pour Daniel Cohn Bendit, cette gauche là est "rétrograde", il n'en veut plus et regarde du côté du MoDem…

Il y a une part de vérité dans ses déclarations car une partie de la gauche est rétrograde ; elle n'a pas compris l'écologie. Ce que propose Dany est de ne pas
se limiter au périmètre de nos accords traditionnels, mais de contribuer au réveil de la gauche. Selon moi, la priorité c'est d'abord le rassemblement des
écologistes, pas le MoDem. Que Dany rencontre François Bayrou, pourquoi pas ? Mais ce que dit Dany n'est pas la bible des Verts, même si nous devons
l'écouter.
Contrairement à François Bayrou, nous ne sommes pas dans une logique d'alternance mais d'alternative. Notre obsession ce n'est pas Sarkozy, mais la
conversion écologique de l'économie, le choix de l'écologie de la transformation contre le capitalisme vert. Que je sache, François Bayrou ne propose pas de
projet de société dans lequel nous pourrions nous reconnaître.


Est-ce que le MoDem est sur son chemin de Damas ?

Va-t-il évoluer et se reconnaître dans le nôtre? Je n'en sais rien, mais, soyons clairs, nous ne sommes pas là pour servir de marchepied à François Bayrou
dans la perspective de 2012. Mais nous n'avons pas non plus à jouer les coquettes quand l'électorat du MoDem vote pour nous.


Vous avez refusé d'être tête de liste en Aquitaine et avez proposé la candidature de Marie Bové, fille de José Bové. Pourquoi ?

Je considère qu'il faut saisir un scrutin de listes qui nous est favorable pour faire émerger une nouvelle génération. Mon rôle est aussi celui d'un passeur. La
politique est malade de l'accaparement des postes importants par les hommes, par le système des partis qui favorise le notabilisme et le cumul, celui des
clientèles. Il faut prendre ce risque d'un autre regard sur la société. C'est pour ces raisons que j'ai proposé la candidature de Marie Bové qui contribue à la
dynamisation de l'écologie et de la politique. Pour ma part,  je n'ai pas envie de finir comme Jack Lang ou Michel Rocard !



Propos recueillis par Sylvia Zappi

Article paru dans l' édition du 08.11.09

Archives par mois